La pédagogie des allers-retours

Pour la troisième année consécutive, nous avons eu le plaisir d’accompagner les doctorants parisiens à la préparation au concours « Ma Thèse en 180 secondes ». Il s’agit d’un véritable exercice d’équilibriste, car il faut..

– résumer en 3 minutes ce qu’on a mis des années à comprendre

– expliquer simplement des choses par nature complexes

– mémoriser un discours sans perdre en spontanéité le jour J

Hier, avec la promotion 2017 de l’Université Paris Lumières, nous avons partagé avec les candidats une démarche qui nous semble essentielle pour réussir son intervention : préférer la pédagogie des allers-retours à la pédagogie de l’escalier.

La pédagogie des allers-retours, c’est la pédagogie qui alterne simplicité et complexité sur la durée. Si un candidat trouve une super accroche, il capte aussitôt l’attention du public… mais rien ne garantit qu’il parviendra à maintenir cette attention au cours des 3 minutes, lorsqu’il introduira de la complexité. C’est le risque de la pédagogie de l’escalier : on commence en bas de l’escalier, tout le monde suit… puis on monte les marches. Si 4 ou 5 marches sont sautées, l’apprenant peut se retrouver « largué ». Si la montée est progressive, c’est facilitant, mais rien ne garantit qu’on ne restera pas à un moment donné… bloqué à une marche.

Le sens de la pédagogie des allers-retours est précisément d’éviter ce blocage, en proposant aux apprenants de multiples occasions de se « raccrocher » à un discours, quel qu’il soit (celui d’un doctorant candidat au concours Ma Thèse en 180 secondes, celui d’un chef de projet face à ses équipes, celui d’un enseignant devant ses élèves…). Il s’agit d’introduire la complexité par petites touches et, dès qu’elle est a été partagée, de faire tout pour faciliter son assimilation. Quelques pistes ? Illustrer par un exemple concret, recourir à une métaphore (c’est l’outil par excellence des allers-retours, entre un univers connu et un univers à découvrir),  ou encore poser des questions reflétant les préoccupations de l’auditoire.

Le retour fréquent à des éléments simples, évidents, tangibles, nécessitant peu d’effort cognitif pour être traités, est indispensable pour créer un cadre sécurisant pour le public et donne envie d’être écouté-e. C’est aussi cette simplicité qui permet de « digérer » la complexité voire même l’éclaire autrement, y compris pour l’expert.  Les allers-retours impulsent un rythme à la présentation, lui donnent une fluidité particulière et permettent aux interlocuteurs de se sentir concernés jusqu’au bout… à condition de bien doser l’alternance entre le simple et le complexe !

NB : La pédagogie par allers-retours est proche de la progression spiralée, technique de conception des programmes d’enseignement, qui consiste à revenir sur des notions déjà abordées pour les réactiver et faciliter leur ancrage en mémoire. Mais si celle-ci est plutôt pensée sur un temps long (plusieurs années scolaires), la pédagogie par allers-retours en est une déclinaison sur un temps court – le temps d’un discours, d’une présentation, d’un cours – et s’intéresse davantage aux différentes façons de transmettre la complexité qu’au principe de sa réactivation.

 

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